Albert Jacquard : Le généticien qui remettait en question le déterminisme biologique

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Albert Jacquard n’était pas qu’un scientifique. C’était un provocateur.

Né à Lyon en 1925, il portait une ombre dès l’enfance. Son frère de cinq ans est décédé dans un accident de voiture alors que Jacquard avait neuf ans. Cette perte l’a façonné. Cela l’a amené à remettre en question le destin. Interroger la nature. Remettez en question les structures rigides d’une éducation catholique bourgeoise.

Il était intelligent. Trop intelligent pour un seul chemin.

En 1943, il obtient deux baccalauréats : un en mathématiques, un en philosophie. La plupart des étudiants choisissent une voie. Jacquard a pris les deux. Il entre à la prestigieuse École polytechnique en 1945, où il devient ingénieur spécialisé dans les manufactures d’État. Il ne s’est pas arrêté là. Il y ajoute un deuxième diplôme d’ingénieur en organisation et méthode de l’Institut de Statistique.

Puis est venue la routine de l’entreprise.

De 1951 à 1961, il travaille pour la SEITA, l’entreprise publique de tabac et d’allumettes. Il a rejoint le ministère de la Santé. Il devient directeur adjoint des services équipements. Mais les calculs et la bureaucratie ne suffisaient pas.

En 1965, il change de vitesse. Il rejoint l’Institut National de Démographie (INED) en tant que chercheur. C’était le point pivot. Au moment où il a quitté l’administration pour enquête.

Pourquoi Albert Jacquard s’est tourné vers la génétique et la biologie humaine

Il est allé à l’Université de Stanford en Californie. Là, il a étudié la génétique.

A son retour en France, il n’a pas qu’un emploi. Il a obtenu deux doctorats. Un en génétique. Un en biologie humaine. La combinaison était rare. Cela lui a donné un objectif unique. Il a vu le code de la vie, mais il a aussi vu les gens qui le vivent.

Entre 1972 et 1985, l’Organisation mondiale de la santé l’a nommé expert en génétique. Il ne faisait pas que théoriser. Il conseillait la politique mondiale de la santé.

Son parcours universitaire s’étend sur Genève, Paris VI et Louvain. Il a pris sa retraite de la recherche formelle en 1991. Mais son influence ne s’est pas estompée. En fait, il s’est aiguisé.

Il a siégé au Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé de 1983 à 1988. L’État l’a également reconnu. Officier de la Légion d’Honneur. Commandeur de l’Ordre National du Mérite.

Mais les titres ne définissent pas son héritage. Les idées oui.

Comment Jacquard a utilisé la génétique pour plaider en faveur de l’égalité sociale

En 1978, il publie Éloge de la différence.

Le livre a changé la conversation. Il a fait valoir que la diversité génétique est une force et non un défaut. Il rejetait le déterminisme biologique. L’idée selon laquelle l’ADN dicte votre valeur ou votre rôle dans la société était pour lui un mythe dangereux.

Il croyait à l’égalité. Pas parce que tout le monde est pareil. Mais parce que chacun est différent.

Ce n’était pas seulement une posture académique. Il l’a mis en pratique.

Il s’est présenté aux élections. Élections législatives en 1986. Élections européennes en 1999. Il n’a pas seulement voté. Il a fait campagne.

Il a travaillé avec des associations pour les sans-abri. Il devient président d’honneur du Droit au Logement. Il se tenait aux côtés de l’abbé Pierre. Il s’est battu pour les sans-papiers. Il a même défendu l’espéranto, souhaitant une langue universelle pour faire tomber les barrières.

Pourquoi un généticien se souciait-il du droit au logement ?

Parce qu’il voyait le même schéma partout. Les systèmes qui tentaient de catégoriser, de contrôler ou d’exclure les gens étaient défectueux. Qu’il s’agisse de race, de classe sociale ou de nationalité, la tentative de définir de manière rigide les êtres humains ignorait la complexité de la vie.

“La diversité est notre richesse.”

Il est décédé le 11 septembre 2013. Il avait 87 ans. Il a été emporté par une leucémie.

Mais son œuvre demeure. Pas seulement dans les manuels. Dans la manière dont nous réfléchissons à ce que signifie être humain. Il a prouvé que la science n’a pas besoin d’être froide. Cela peut être profondément et farouchement humain.

Nous discutons encore de ce qu’il a dit. À propos de la nature contre l’éducation. À propos de l’identité. À propos de qui appartient.

Jacquard sourirait probablement. Il savait que le débat ne finirait jamais. Et c’est peut-être là le point.